L'histoire de la rue Cuverville

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  • Chemin des Régats (devenu rue Cuverville). Cadastre ancien, 1814-1847, archives municipales.
    Chemin des Régats (devenu rue Cuverville). Cadastre ancien, 1814-1847, archives municipales.
  • Vue aérienne, rue Cuverville et rue Luzel
    Vue aérienne, rue Cuverville et rue Luzel
  • La rue Cuverville domine la voie ferrée dans le quartier de Robien à St Brieuc
    La rue Cuverville domine la voie ferrée dans le quartier de Robien à St Brieuc
  • Ensemble de maisons bourgeoises rue Cuverville
    Ensemble de maisons bourgeoises rue Cuverville
  • Article Ouest-France, années 90
    Article Ouest-France, années 90
  • Suite de maisons bourgeoises, rue Cuverville
    Suite de maisons bourgeoises, rue Cuverville
  • Résidence Cuverville
    Résidence Cuverville
  • Maison bourgeoise, rue cuverville
    Maison bourgeoise, rue cuverville
  • Maison de cheminot avec la voie ferrée en arrière-plan, rue Cuverville
    Maison de cheminot avec la voie ferrée en arrière-plan, rue Cuverville
  • Maison de cheminot, rue Cuverville
    Maison de cheminot, rue Cuverville
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Les origines de la rue Cuverville


Avant que le chemin de fer ne soit construit et avant de se nommer "rue Cuverville", elle était connue sous le nom de « Chemin des Régats ».

Au début du 19ème siècle, on la trouve ensuite sur les plans avec le nom de « Route de Quintin ». C’était alors un axe important de St Brieuc mais il y avait peu d'habitations le long de la route.

L’arrivée du train va changer la physionomie de ce secteur de St Brieuc pour les rues que nous connaissons aujourd’hui sous les noms de l’’impasse du Pré-Tizon, de la rue Luzel ou encore de la rue Cuverville. A l’ouverture de la ligne de chemin de fer Paris-Brest, on construit un pont en granit. Trois voies passent en dessous.

Dans les années 20, la multiplication des voies (7 au total) nécessite un élargissement. Entre 1924 et 1927, le dépôt des machines est par conséquent transféré du boulevard Charner à la Ville-Berno (à l'ouest de la rue Cuverville). La gare de triage est également située à cet endroit, au dessous de la rue Cuverville.

Cela va conduire à la démolition du pont en 1925-1926. On le remplace par un autre plus long, en ciment armé, semblable à celui de Guingamp construit à la même époque (1924-1925).

Les caractéristiques de la rue Cuverville


Pendant des siècles on a vécu dans ce secteur comme à la campagne. Dans le recensement de 1901, quelques familles vivent encore de la terre comme Pierre Desbois et son épouse Perrine, cultivateurs ou Victor Gourdel et son épouse Marie, leur fils et leur fille, qui cultivent aussi la terre.


A partir de l'arrivée du train, la rue Cuverville surplombe donc la ligne de chemin de fer. Au début du XXe siècle, de belles demeures vont être construites sur le côté gauche, côté impair, en descendant la rue. Ces maisons bordent la rue mais disposent en général de jardins de bonne taille sur l’arrière.
A partir des années 20, la physionomie va changer avec sur le côté droit, du côté pair, de petites maisons en préfabriqués construites pour les cheminots.

On trouve aussi depuis 1949 l’entreprise STEF (Société de Transports et d’Entrepôts Frigorifiques) qui est située en retrait de la rue, au numéro 22.

Les maisons de la bourgeoisie industrielle.


Les maisons bourgeoises sont habitées au départ par des personnes qui ont une place en vue dans la société bourgeoise et industrielle du début du XXe siècle. Ainsi dans les recensements de la rue Cuverville en 1931 et 1936, on apprend par exemple qu’au numéro 13 habite Jean Charleux, ingénieur aux Forges et Laminoirs. Un peu plus loin, les deux maisons jumelles et symétriques sont habitées au numéro 31 par Paul Lancol, belge, directeur des Forges et Laminoirs et au numéro 33, par Rosalie Vaucouleur, veuve Vaucouleur (ancien directeur des Forges).

Précisons que les Forges et Laminoirs sont situés à quelques centaines de mètres de la rue Cuverville, entre la voie ferrée et le boulevard Hoche.

Les maisons des cheminots


Dans le recensement de la rue Cuverville en 1911, on a 7 familles de cheminots. En 1936, on trouve quinze familles de cheminots, logées dans les petites maisons SNCF.

Elles sont situées aux numéros 2, 4, 6, 8, 12, 14, 16, 18, 20, 22, 24, 26, 28, 30 et 32. Les noms de famille de ces employés des chemins de fer sont : Mallet, Foutel, Denis, Cléach, Lemoine, Réhaut, Le Ster, Le Hénaff, Ollivier, Le Gueut, Marric, Richer, Méléard, Frabolot …



Nous avons un autre exemple d’un lotissement construit à Robien pour les familles de cheminots : c’est celui, construit en 1931, par l’architecte Jean Fauny, dans un espace délimité par le boulevard Paul Doumer, la rue Louis Hélary, la rue Anne de Bretagne et la rue Denis Papin.


Le saviez-vous ?


CHEMIN DE TRAVERSE
Pour aller travailler au dépôt, les cheminots avaient deux solutions. L’une consistait à traverser les voies en se méfiant des trains, l’autre nécessitait de marcher en passant par la Croix-Mathias.


LA PISCINE DE LA RUE CUVERVILLE
Dans un article de Ouest-France des années 90, un habitant, Louis Hellio, raconte que dans les années 40 « il y avait de la vie dans la rue. L’été les jeunes les plus intrépides allaient se baigner dans les réservoirs d’eau qui servaient à alimenter les locomotives à vapeur. On les appelait « les deux cuves ». Elles ont été démolies plus tard. »


HISTOIRE DE TGV
En 1996 (le 24 octobre), dans un article de Ouest-France, on pouvait lire que l’arrivée du TGV n’avait pas affecté la tranquillité des résidents du quartier. Par contre en gare la nuit, le bruit du TGV présentait une gêne car il était obligé de tourner pour la climatisation et le ronflement était « insupportable ». En 1994, une pétition avait circulé et le TGV était allé ronfler plus loin…


Le saviez-vous ?



Au début du XXe siècle, cette rue était prisée par les militaires. Ainsi dans le recensement de 1911, on trouve : Pierre Briand, adjudant au 71e RI,  François Beaumont, sergent major, Aristide Besson, officier en retraite, Marc Oblet, capitaine.

Quelques années plus tard, deux habitants de la rue Cuverville ont été tués pendant la Guerre 14-18 :
Albert Lefèvre, lieutenant au 412e régiment d’Infanterie a été tué à Villemontoire, le 21 juillet 1918.

Jean Carrière, sous-lieutenant au 271e Régiment d’infanterie a été tué au Moulin de Souain le 31 octobre 1914.

D'autres ont été blessé sérieusement comme M. Beaumont, dans un combat aux environs de Souain.

Les transformations de la rue Cuverville


Des maisons de cheminot de la rue Cuverville, il ne reste plus qu’une seule construction, les autres ayant été détruites et remplacées par des maisons contemporaines. Par exemple, dans le bas de la rue, derrière un grand portail et une haie, on peut découvrir une maison contemporaine très sobre, jaune et blanche. Toujours dans la rue Cuverville, au numéro 4, c’est une construction qui se distingue par sa géométrie : deux blocs rectangulaires, séparés par la porte d’entrée. Une seule ouverture côté rue, avec une fenêtre horizontale : la maison ne se dévoile que sur la partie Ouest.

Aux numéros 10 et 16 de la rue, Terre et Baie Habitat a fait construire, en 2012-2013, la Résidence Cuverville qui domine la voie ferrée. On peut noter que les 8 logements passifs, très bien isolés, sont équipés de panneaux solaires et sont habillés de bardage bois.

L’origine du nom de la rue Cuverville


Jules Cavelier (1834-1912), comte de Cuverville, naquit en 1834 à Allineuc (22). C’est un militaire et un homme politique. Sa carrière dans la marine lui vaut d’être nommé vice-amiral en 1893. Cuverville a été sénateur du Finistère de 1901 à 1903 puis réélu jusqu’en 1912. Son fils Armand, capitaine de frégate, mourut en service commandé, au siège de Port-Arthur (en Chine), en 1904.

Notons qu’en 1912 la famille Cuverville avait fait savoir qu’elle ferait don d’une importante collection de coquillages, réunis sur plusieurs générations, à la section d’Histoire naturelle de l’ancien musée de St Brieuc. Sans attendre l’arrivée de cette collection, le nom « rue Cuverville » fut donné par délibération du Conseil municipal le 26 décembre 1912. Les coquillages arrivèrent plus tard.


Dans l’esprit du Conseil municipal, il s’agissait d’honorer à la fois le père, le fils et l’ensemble de la famille Cuverville.

De nos jours, l'arrière-arrière petit fils du comte de Cuverville est le propriétaire du château de la Noë Sèche dans la commune du Foeil, au sud de Saint-Brieuc. Arnaud de Rochebouët assure lui-même les visites guidées.

Le saviez-vous?

Le nom de Cuverville est aussi donné à l’île Cuverville, située dans l’Antarctique et nommée ainsi, après sa découverte par une expédition belge de 1897 à 1899, en honneur du vice-amiral Cuverville. L’île est peuplée d’une colonie de manchots papous !

Si vous avez des remarques ou des témoignages à nous faire parvenir à l'aide du formulaire de contact, nous pourrons compléter cet article... 

Monika Marx, nous fait cadeau de cette formidable histoire qui a pour cadre la rue Cuverville



UN PETIT TRÉSOR DANS LE GRENIER
« J’ai habité 9 ans la maison du 29 de la rue Cuverville. Au moment des travaux j’avais fait une grande découverte dans le grenier : une valise avec à l’intérieur des lettres, des photos de famille qui remontaient au siècle dernier. Les lettres étaient rangées par mois, classées, ficelées. Il y avait 4 ans de correspondances.
Je n’ai pas résisté, j ai lu ces lettres qui m’ont fait rire, pleurer, je suis remontée dans le temps, vécu la guerre, le voyage des cheminots qui allaient jusqu’à Rennes (très, très long voyage qu’il ne fallait pas faire avec une certaine lune). J’ai vécu la foire Saint Michel racontée par cette dame qui signait ses lettres par un baiser de rouge aux lèvres..."Ta Biquette" Elle racontait à son époux parti à la guerre comme elle l’aimait. qu’il lui manquait, que l’enfant qui était en elle comblait un peu son absence... Elle racontait comment elle soignait sa mère avec des ventouses dans le dos... Et j en passe ; toutes ces lettres, ces photos m’ont beaucoup touchée...
Les lettres de l’époux au front étaient aussi fortement aimantes et émouvantes. Sur une photo, au dos était noté « Morte en 1944 ». Là j’étais vraiment triste.
Je ne pouvais pas garder un tel trésor pour moi. J’ai donc recherché les héritières, ces chères filles qu’elle adorait. Une des filles vivait à Lille et l’autre à San Francisco... Quand je les ai contactées, nous étions en larmes... J’ai remis cette fameuse valise à Lille et quelques temps après elle me recontacte pour me dire que grâce aux lettres elles ont mieux connu leur Maman et elles ont vu comme leur Père les aimait... Elles ont étaient élevées par une belle mère qui n’aimait pas les enfants. Un passé est remonté à la surface.
Je crois avoir bien fait de leur avoir donné ce trésor qu’elles ignoraient... »



ORIGINAUX
Au 4 rue Cuverville, vivait un couple qui avait construit une cabane avec des tôles des planches. Ils avaient des poules, des chèvres... Ils vivaient là en période estivale et en hiver dans un immeuble à Fressinet.

Sources


Site du Sénat, fiche Jules de Cuverville https://www.senat.fr/senateur-3eme-republique/de_cuverville_jules0800r3.html

Histoire des noms de rues. J.B Illio, 1947

Histoire de St Brieuc, J.B Illio, 1931, page 298. Bulletin de la paroisse de Robien, 1919.

Archives départementales.

Archives municipales St Brieuc. Cadastre.

Article de Ouest-France, 24 octobre1996.

Site du CAR rubrique histoire, article sur les lotissements, sur les maisons contemporaines. Recensements de la population de St Brieuc, archives en ligne 1901, 1931, 1936

Site, Terre et Baie Habitat 2013

Témoignage Monika Marx, juin 2020

Recherches Richard Fortat. Publication juin 2020.