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Les cabots de Robien 4 Rue François Merlet – Rue Jules Ferry – Rue Cuverville.

les cabots de robien 4 rue francois merlet – rue jules ferry – rue cuverville.

« T’as vu, eh t’as vu, Berlu ! Rue François Merlet qu’on est. Elle est minus celle-ci !
- Je sais, cretino, elle sert juste pour aller aux Archives Départementales.
- Oh là là ! Te fâche pas, Berlu. Et ça sert à quoi les Archives machin ?
- À entasser la mémoire du département. Mon patron m’a dit qu’il y avait 20 km d’archives à l’intérieur ! Et c’est pas fini, comme ils disent dans la pub.
- Il sait ça comment ton boss ?
- Il l’a entendu à la fête de la rue Jules Ferry. T’aurais vu le monde qu’il y avait le dimanche après-midi !
- Je savais pas que la rue était aussi peuplée.
- Mais, pauvre cretino, les gens venaient de tout le quartier, pas simplement de la rue. Y’avait même des Turcs, près du Boulevard Carnot, en rouge et vert et en familles. Et ils régalaient tout le monde.
- Moi, tu sais, les spécialités orientales ça me fait grossir !
- Ne fais pas ta chochotte, Tony ! En plus ils dansaient et jouaient des instruments bizarres.
- Eh bien, tu vois, d’où j’étais je les ai entendus. J’ai bien aimé, mieux que les autres qui faisaient un de ces boucans !
- Tu veux dire les agités de la zumba. En plus du vacarme ils gesticulent tout le temps. Ça m’énerve et j’ai envie de mordre dans les mollets qui gigotent… Mon patron l’a bien senti, il a tiré la laisse et m’a emmené dans un coin plus calme… Mais je reviens à ta question, Tony : il y avait une fille, des autres archives – les municipales que ça s’appelle – qui expliquait tout du Boulevard Carnot à Sambre et Meuse. Tiens, ses archives à elle ne font que 2 km !
- La honte ! Que 2 km !
- Mamma mia, che cretino ! Y’a que la mémoire de la ville chez elle… Elle a raconté qu’avant, rue Jules Ferry, tu faisais pas vingt mètres sans trouver un bistrot…
- Le climat devait être plus chaud que maintenant. Alors les gens avaient toujours soif… Il faudrait que mon boss se renseigne : il n’arrête pas de parler de réchauffement climatique. Vu le nombre de bistrots qui restent il se trompe sûrement… Ou alors il faudra rouvrir les anciens.
- Impossible, cretino, c’est devenu des habitations… Et il paraît qu’on y trouvait aussi plusieurs garages, les Grands Moulins de Saint-Brieuc et un marchand de patates… Mais tout ça a disparu.
- Faute de patates on mange des pâtes, c’est ce qu’il dit mon boss.
- Arrête tes âneries, Tony, c’est quand même pas toi qui va nous apprendre ce que c’est que la pasta !
- Te fâche pas, Berlu… Mon boss, lui, m’a emmené faire un tour rue Cuverville… Je ne pourrais pas y dormir avec tous ces trains !
- Mais si, la rue, elle surplombe, les trains passent plus bas. Et puis y’a que des avantages. Au bout de deux ou trois jours tu t’habitues, tu ne les entends plus… Sauf certains, ceux qui te donnent l’heure.
- Je ne te comprends pas, Berlu, tu parles bien des trains, pas des horloges ?
- Réfléchis, ils passent toujours à la même heure, les trains. Alors ça te fait des repères. Plus besoin de pendules !
- Dis donc, Berlu, toi qui sais tout, comment tu fais quand il y a grève chez les cheminots ?
- Tu veux savoir ce qu’il a répondu, mon patron, à un gars qui lui posait la même question ? Il lui a dit : Eh bien tu sors du temps pour quelques jours, tu vis hors du temps. T’as plus d’heure. Tu deviens un personnage de science-fiction. C’est toi la vedette de la série TV : Les Voyageurs hors du temps, Le Temps s’arrête à Cuverville, Je reviens dans une minute ou dans deux jours… T’as le choix pour le titre.
- Alors quand ils se remettent à rouler ça doit faire tout drôle…
- Sans doute, le temps que passent les deux premiers. Après t’oublies tout, les séries TV et le reste.
- Tu perds la mémoire, quoi… J’ai compris. Si tu veux la retrouver tu viens ici, rue François Merlet, aux Archives machin… T’as vu, eh t’as vu !
- Cretino, va !

Jean-Claude Lechevère



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