Les petits billets de Gérard (suite)

Gérard poursuit après l'été ses petits billets


mercredi 18 novembre

Venise et Bretagne*
Si Venise la belle a d’immenses lagunes
Des masques de velours des poignards des palais
Bretagne n’as-tu pas tes paysannes brunes
Et tes fils chevelus et tes champs de genêts

Refrain :

Oh Qu’elle est belle ma Bretagne
Sous son ciel gris il faut la voir
Elle est plus belle que l’Espagne
Qui ne s’éveille que le soir
Elle est plus belle que Venise
Qui mire son front dans les eaux
Ah ! Qu’il est doux de sentir la brise
Qui vient du large avec les flots,
La brise
Qui vient du large avec les flots

Avez-vous admiré son océan qui gronde
Ses falaises ses bois ses longs genêts en fleurs
Ses longs genêts dorés dans la gorge profonde
Quand l'humide matin les baigne de ses pleurs

Au refrain

Eh ! Bien voilà, malgré le confinement je suis à Venise avec Messieurs Bardou et Dassier, les auteurs de cette chanson appelée Romance, que tous les anciens connaissent (on peut voir sur You tube Tino Rossi (qui le premier l’a chantée, avec Georges Brassens ! la chantant avec lui)…

Je suis dans Venise, je vois le Grand Canal et ses splendides palais, pas à pas je me promène dans ses rues, j’en perçois les finesses de l’architecture, l’abondance des détails ornementaux, la palette des couleurs, rouges et ocres, jaunes et verts, le bleu du ciel, la ballade des nuages, le gris-vert de l’eau, pas à pas je m’aventure dans les dédales des rues, des ruelles obscures, des places ouvertes à l’espace du ciel, et la chanson résonne à mes entendements.

Je suis né entre Bretagne et Venise, en Haute-Savoie, entre ces deux pôles. En équilibre entre eux. J’aime le magnétisme qu’ils provoquent en moi. Je marche pas à pas dans Venise, moi qui suis résident en Bretagne.

Pas à pas. Pièce à pièce, je suis devant un puzzle de 3000 morceaux qui racontent Venise dans une reproduction d’une peinture du XIIIème siècle… Voilà, c’est le moyen que j’ai trouvé pour ne pas céder trop à la déprime, en ces temps de réclusion volontaire ou non, pour ne pas trop « tourner en rond dans ma carrée** »…

Je voyage donc en pensée, en sentiment, puisque ce n’est pas possible de faire autrement. J’exerce une fois de plus ma patience, d’autres sans doute le font en faisant des patiences, des réussites, des mots croisés, etc… Vous me direz qu’il faut être légèrement « fondu » pour se lancer dans un exercice pareil, d’autant qu’il y faut de l’espace, pour disposer de la vue de toutes les pièces ! Mais bon, il faut ce qu’il faut ! Et Venise est dans notre maison en Bretagne, avec moi au contact de ces deux aimants de lagune et de granit, de palais et de genêts… Cela fait maintenant plus de dix jours que je me promène en gondole sur le Grand Canal, ajustant pièce à pièce, les fragments de l’image de la Sérénissime… Questionnant les morceaux de l’image que je re-compose, que je re-construis, patience oblige, et pourquoi ne pas écouter la musique du prêtre roux de cette ville d’eau et d’or, Vivaldi ? Dans cette ville d’or et d’eau, où je vais et navigue en pensée, je garde tout de même les pieds sur terre, ancré dans le sol breton, le sol que j’ai fait mien....*C’est le titre réel de cette romance dont tout le monde se souvient « Ah ! Qu’elle est belle ma Bretagne). ** « Carrée » nom populaire pour la chambre.


Atout chœur (28 septembre)

Avec Mathieu nous avons repris les répétitions de la Chorale du Quartier en respectant les conditions requises pour freiner ce Coronavirus dont le refrain sournois n’a pas fini de sonner à nos oreilles… Chanter est un bon moyen pour contrer la morosité ambiante. Jeudi dernier en sortant de la séance c’était « Chantons sous la pluie » (qui passe ce soir, lundi 28 septembre sur la 5 à 20 heures 50) chantons, chantons dans le vent et dans cette pluie froide qui nous tombait dessus jeudi dernier, en « faisant des claquettes » comme le chantait Claude Nougaro.

La Chorale du Quartier Robien reste ouverte à de de nouveaux choristes, dixit Nelly, et il est encore temps de s’y inscrire et de nous rejoindre dans cette pratique ludique et enthousiasmante qu’est la pratique du chant : il faut savoir quitter « son solo sous la douche » même s’il est bon, pour s’exercer à une ouverture plus complète du chant en groupe, car c’est sûrement une sorte de remède du mieux vivre ensemble en ces temps déshumanisés.

Pendant le Covid 19 c’est le « chœur sur la main » que nous avons salué les habitants du quartier dans le mini-tour de chant que nous avons donné à la Passerelle de la Gare au début de l’été… Nous continuons donc l’exercice de la chorale avec le plaisir de retrouver des airs qui nous ont marqué et qui restent gravés au sceau de la mémoire, ritournelles entêtantes, refrains qui nous font souvenir d’une joie, d’un amour, d’un chagrin « Trois petites notes de musique, me font la nique au creux du souv’nir… », toutes ces rengaines qui n’en finissent pas de tourner dans les têtes et les cœurs.... Joie aussi de découvrir des musiques que nous avons loupées autrefois, par d’autres choix musicaux, yéyé et/ou chanson rive-gauche, blues et/ou rock, opérettes, opéras, airs de rien, toutes sortes de musiques, etc…
Plaisir aussi d’en redécouvrir le charme dans les arrangements que Mathieu nous propose… Nous avons un joli jeu de cartes en mains… Cela fait deux jeudis que nous avons entamé la partie…

Pour les paysans et ceux qui aiment le fric, pour ceux qui cherchent encore désespérément le petit trèfle à quatre feuilles qu’ils ne trouveront jamais c’est « Atout trèfle » évidemment !
Pour les vitriers, les joueurs de billes et autres lunetiers et opticiens c’est « Atout carreau ».
Pour les voleurs et les moustiques et tutti quanti : guêpes et frelons de toutes espèces même asiatiques c’est « Atout Pique ».
Pour les gens d’église ou d’ailleurs, pour les acteurs de tragédies antiques… et pour nous chanteurs de rue, de quartier, pour les simples chanteurs que nous sommes c’est « Atout chœur ! »…Nous adressons nos chants à qui veut les entendre, à tout cœur nous écoutant.


4 septembre 2020 Petit billet de « Rentrée »…

Je ne sais pas si c’est pareil pour vous, mais en même temps que « Rentrée de Septembre », j’envisageais naïvement le mot « Sortie », oui, une sortie en fanfare de ce truc bizarre nommé Coronavirus, mais ce dernier se révèle tellement coriace qu’il va falloir vivre un long moment avec !

Et pour le moment, pas de « Bon de sortie » disponible. En espérant son exil au plus vite de nos existences, je regarde plus attentivement le mot « Rentrée », qui sans en avoir l’R est assez proche du mot entrée lorsqu’on l’entend par exemple dans « Entrée en matière », cette matière dont nous sommes mystérieusement faits…

Mais sur quel air faut-il le dire ou le chanter ? R (air) entrée…

De quel matériau seront faits les jours prochains ?

Argile à modeler selon nos besoins et nos souhaits ?

Pierre d’angle pour mieux vivre l’architecture de notre quotidien ? Accueillir en soi des pensées rêveuses comme bois flottés structurant notre imaginaire ?

Dans ce repas immense qu’est notre vie, je me souhaite d’entendre mieux le mot « Entrée », les mots « Plat de résistance ». tant et tant de choses à déguster ! Je souhaite à tous de retrouver bientôt les fest-noz pour « Entrer dans la danse » qu’est notre vie.

Et puis dire à cœur ouvert, telle qualité de lumière, tel son, tel chant, tel cri, dire le mervveilleux de chaque instant : « Mais entrez donc ici, venez ! » ici, c’est chez moi, c’est aussi bien chez vous, lorsque nous sommes ensemble, à échanger, à partager, à « Entrer » dans le mouvement du monde…

« Entrez donc, la porte est ouverte », et mettons-nous à la table des jours pour déguster ensemble le festin existentiel… La chorale de Robien chantera sans doute cela du mieux qu’elle peut. Du mieux qu’elle veut.