Les petits billets de Gérard

Gérard habite à Robien. Il est l'un des membres de la chorale du quartier.
Il aime bien envoyer à ses amis, chanteuses et chanteurs, des petits billets, qu'il a accepté de partager avec les habitants du quartier.. et du reste du monde..

« Tu chantes comme une casserole ! »…

…Cette expression plutôt péjorative en temps « normal » est en train de faire peau neuve grâce à nos applaudissements et à nos bravos quotidiens de vingt heures au personnel soignant, aux femmes et hommes de ménage, sans oublier les pharmaciens, les maraîchers, les agriculteurs, les commerçants, les chauffeurs routiers, les éboueurs, et j’en oublie sûrement… enfin, il nous faut applaudir tous ceux et chanter pour tous ceux qui maintiennent des morceaux de vie…

« Tu chantes comme une casserole » reprend une fonction neuve dans cette crise du coronavirus que nous vivons en ce moment, et cela sur plusieurs modes… Ici, c’est plutôt « bon enfant », nous maintenons en nous un lien social fort avec nos voisins, fenêtres ouvertes, dans un « porte à porte » convivial, comme une respiration retrouvée, un moment de conscience en suspens, tandis qu’ailleurs, au Brésil par exemple, il s’agit plutôt d’une manifestation de colère contre le gouvernement et le président, tels de véhéments tambours de protestation… Comme quoi de l’Europe à l‘autre côté de l’Atlantique, et en d’autres pays aussi sous d’autres formes, le registre vocal des casseroles est assez étendu… L’écho que nous en percevons en retour nous parle de sons graves parfois jusqu’à des sons plus souriants…

Lorsque nous reprendrons la Chorale de Robien avec Mathieu nous essaierons de vibrer à nouveau de l’art d’être une bonne casserole, « sonner juste », et nous n’entendrons plus de la même manière l’expression « Tu chantes comme une casserole » - même pleine de canards ! -, en attendant ce jour n’oublions pas l’utilité première de ce brillant ustensile, très sollicitée à nouveau de nous mijoter, autant que faire se peut, de bons petits plats pour nous donner quelque réconfort en ces temps fort troublés. Et si ce cher objet n’a pas le niveau des vibrations sonores des bols tibétains il assure actuellement son rôle de témoin d’humanité. (4 avril)

J'espère que vous tenez le coup,
et que vous tordrez le cou
à cet olibrius
nommé coronavirus

et que l'on soit breton ou russe
mec bien,quidam, vilain gugusse
nous sommes tous sur le qui-vive
à regarder depuis la rive

le fleuve du temps qui passe...
L'épreuve qui nous est offerte
nous apprendra peut-être
qu'avant toute chose il nous faut être...

Propos sur un poème de Jacques Prévert… 14 avril

« Toute réflexion faite
par ces temps de malheur
le miroir s’est brisé. »


Ce court poème en dit long sur la situation actuelle liée au coronavirus, il se trouve dans le recueil appelé « Fatras » paru dans Le Livre de poche.

    Le miroir reflétant notre monde en effet s’est brisé. Il nous faudrait trouver une autre manière de vivre, plutôt qu’à tout prix recoller les morceaux, ( « allez ! on recolle tout, ça ne se verra pas ! » ) et continuer comme avant et comme si rien ne s’était passé, à perpétuer notre soi-disant modèle de société.
   Dans les morceaux du miroir brisé il y a quelque chose à comprendre dans ce malheur qui nous frappe. Il y a urgence à penser à nos enfants, à nos petits-enfants et à prendre conscience que le monde que nous leur préparons, n’est pas conforme à leurs idéaux, à leurs désirs… Mais saurons-nous regarder ce que reflète le miroir cassé ?
   Dès maintenant il nous faut voir ce que cette situation nouvelle nous propose, car nous aussi, parents et grands-parents, sommes directement concernés par cette mutation. Il nous faut retrouver une manière d’être en accord le plus possible avec la planète sur laquelle, ne l’oublions pas !, nous sommes de passage…


En équilibre instable

Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, il y a cette impression très vivace, un peu tendue mais très vivante d’être dans un suspens, de faire partie de ce suspens créé par le coronavirus, d’être comme en équilibre instable sur une passerelle de cordes tressées, pont fragile et téméraire jeté au-dessus d’un torrent vigoureux.

Acrobate malgré moi, j’essaie de me tenir debout dans cette instabilité que la pandémie actuelle m’oblige à vivre, davantage conscient de la fragilité des choses et des êtres, de la précarité existentielle de notre situation sur terre…

Apprenti funambule dans mon inconnaissance de cette situation nouvelle qu’il me faut appréhender du mieux possible je retrouve un écho et un élan dans cet extrait de « Phrases » d’Arthur Rimbaud :

« J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse. »


7 mai 2020

Petite ritournelle sur quelques dictons de mai (1)

En fai fais ce qu’il te plaît
Pas encore, pas tout à fait
Nous verrons bien lundi
Mardi, mercredi, jeudi,
Ou même samedi
Ce qui sera défait…
Et en ce mois de mai
premier temps du muguet
Personne ne défilait
car chez soi demeurait
sans faire ce qu’il lui plaît…

Mai frileux : an langoureux
Mai fleuri : an réjoui
Mai venteux : an douteux
Mai frileux : lent passage
De l’avant à l’après
Mai fleuri : et ce temps du muguet
Fleurant le premier mai
Fleurit comme à regret
Mai venteux : nous verrons bien ce que
L’avenir nous dira
Ça ira, ira pas ?,
ça ira…

Noces de mai
Ne vont jamais
Et tous ces mariages
Reportés à plus tard
Faut-il y voir un bonheur en sursis ?

En mai
Fleurit le hêtre et chante le geai
En mai chante le geai
Et le hêtre en forêt
Me rappelle que
Etre Est bien plus haut que paraître…
Chante chante joli geai
Joli geai du mois de mai
Je te vois par la fenêtre
Perché au sommet du hêtre…

11, 12 et 13 mai Les trois saints au sang de navet
Pancrace, Mamert et Gervais
Sont bien nommés les saints de glace
Mamert, Gervais et Pancrace
Dans ces trois jours de mai
Les trois saints sus-nommés
Prendront toute la place
Occuperont l’espace
Nos écoles, nos chantiers
En ce mai retrouvés
Resterons-nous de glace
De l’épreuve re-nés ?
Ce mois de mai, ma verte cotte
Ce mois de mai je vêtirai…

Ritournelle sur des dictons de mai (2)

Mai
Fait ou défait
En cet étrange mois de mai
où tout fût fait, défait,refait
tout fût vécu à l’imparfait
Mais bon, personne n’est parfait !

Le mois de mai de l’année
Dessine la destinée
Mais que voit-on dans le dessin ?
Je ne suis pas forcément doué
pour lire dans le marc de café
mais cette année est bien bizarre
Covid-19 le grand bazar
est l’arbitre de notre destin
entre l’Hier et le Demain

Chaleur de mai
Verdit la haie
Il a fait chaud,tout a poussé
Il faudra couper, cisailler, tailler,
Herbes et cheveux pareil
Les haies les taillis la treille
et puis la barbe et les épis

Mai jardinier
Ne comble pas le grenier
Tout ce que tu as jardiné
Pendant tout ce temps confiné
sans doute va porter ses fruits
Dame Nature sera complice
Elle est aussi Dame Malice
et nul ne sait ses artifices
Pour rester Maître des Offices

Brouillard de mai, chaleur de juin
Amènent la moisson à point
De ce brouillard nous émergeons
en même temps que les bourgeons
Souhaitons-nous belle moisson
et dans la mer blonde des blés
les coquelicots émergés
seront comme cœurs,leur chanson
fleurira notre corps en gerbe d’or
c’est au-dedans qu’est le trésor…

En relisant « La peste » d’ Albert Camus (1913-1960). Prix Nobel de Littérature 1957.

Il nous faut vivre maintenant avec cette ombre tenace du virus. Mais cela ne doit pas nous empêcher de vivre le présent. Notre vie à chacun, « ne tient qu’à un fil », d’autant plus précieux qu’il est fragile.

Comme le dit le Docteur Bernard Rieux dans La peste :…[ « Écoutant, en effet, les cris d’allégresse qui montaient de la ville, Rieux se souvenait que cette allégresse était toujours menacée. Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu’on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu’il peut rester pendant des dizaines d’années endormi dans les meubles et les linges, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse. »]

En restant alertés, vivons chaque moment de chaque jour, chantons ensemble, jardinons, existons, écoutons les souffles du vent, regardons défiler les nuages et leurs masques nombreux, prenons avant de retrouver les bains de mer un bain de lumière printanière quand les rosiers explosent de leurs senteurs.

Je suis allé voir la mer que je n’avais pas vue depuis plus de deux mois, elle est là, encore et toujours, inchangée et changeante, écumante, bruissant de ses chants profonds, présente.
Elle était loin ces deux mois passés, mais pas complètement absente, « toujours recommencée » — bonjour Paul Valéry ( Le Cimetière marin )—, et bonjour cher Brassens, également Sétois, l’ami Georges toujours vivant dans ses chansons.
J’entends à nouveau la « Supplique pour être enterré à la plage de Sète » , ici la mer ourlée, aux Rosaires ou à Martin-Plage, ciselée d’écume, « en allée avec le soleil »  — salut Arthur Rimbaud —, revenue, repartie, toujours en mouvement, avec ses chevaux ( « Comme à Ostende » de Jean-Roger Caussimon et Léo Ferré ) menés à hue et à dia, avec des trésors bien cachés dans sa Manche, à garder un peu en soi pour ensuite les partager. Les odeurs d’iode et de genêts joignant la mer à la terre. Les étincelles vivaces des ajoncs, leurs épines trouant la peau. Le vol des goélands, la signature énervée d’une mouette. Tout ce que la nature donne. Je suis là, devant l’horizon ouvert, les yeux entre bleus et verts, avec des reflets d’argent sur l’eau déferlante. Un goût de tout recommencer. Tout ce qui m’est offert, l’avais-je donc oublié ?