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Rue Jules-Ferry (Les cabots de Robien 1)

« T’as vu, eh t’as vu ! Va y avoir une fête rue Jules-Ferry !
- Arrête de t’énerver, Tony, à force de tirer sur ta laisse tu vas finir par t’étrangler… Et t’inquiète, j’suis au courant, mon boss était à la réunion, tu sais, pour les vœux. Mais, Mamma mia, je me demande si tout le monde va en profiter.
- T’es un vrai rabat-joie, Berlu, pour une fois qu’y a un truc rigolo qui s’annonce, des jeux, un bac à sable et ouah ouah ouah et ouah ouah ouah, tu trouves le moyen de rechigner du museau.
- Réfléchis deux secondes, Tony, t’as vu, comme tu dis, t’as vu dans quel état se trouve la rue après Tout Va Bien  ? Che casino !(1) comme on dit à Milano.
- T’as raison, là-bas c’est plutôt Tout Va Mal . D’ailleurs on ne m’y emmène plus jamais. Trop de chantier, qu’il dit, mon patron. On devrait envoyer une rose à chaque famille. Elle ne serait pas volée.
- Une rose ! C’est pas une rose mais une botte de fleurs qu’ils méritent. Et même les bottes sans fleurs ! Vu l’état des trottoirs et de la route ! Et au moins les bottes ça dure. Parce que les fleurs… « Et rose elle a vécu ce que vivent les roses… »
- T’es un vrai poète, toi, dis donc. T’as fait hypokhâgne ou quoi pour connaître des trucs pareils ?
- Canikhâgne, tu veux dire. Mamma mia, che cretino !(2) Hippo-Cagnes c’est des courses de chevaux sur la Côte d’Azur.
- Pour en revenir au bout de la rue Jules-Ferry, les temps sont durs pour tout le monde , il paraît, mais pour eux c’est encore pire que pour les autres.
- C’est comme mon boss, il m’a réduit mes rations, soi-disant qu’on lui a sucré sa niche fiscale.
- Je croyais que tu dormais dans le salon ! T’as vu eh t’as vu, la niche ! Tu t’es trahi, Berlu !
- Mamma mia, qu’est-ce que tu racontes là ? Irrécupérable, Tony, irrécupérable ! Les niches fiscales c’est pour les boss, c’est pas pour nous ! Cretino, va ! »

Jean Claude Le Chevère
1. Che casino ! : Quel bazar !
2. Che cretino ! : Quel crétin !



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