Le paresseux (poésie de Maurice). Marc-Antoine Girard de Saint-Amant (1594 - 1661)
Saint-Amant était un écrivain très connu à son époque, appartenant à la toute première Académie Française.Revendiquerait-il un « droit à la paresse », lui qui écrit à une époque où les sept péchés capitaux (dont la paresse) étaient une référence de base ?Mais non, mais non !En réalité, ce sonnet (voyez la chute, qui sert de dédicace) est une aimable moquerie de son ami Baudoin, qui était, dit-on, un bourreau de travail…D’ailleurs, Saint-Amant est un vilain menteur : la composition de ce sonnet lui a certainement demandé un fichu boulot !
Accablé de paresse et de mélancolie,
Je rêve dans un lit où je suis fagoté,
Comme un lièvre sans os qui dort dans un pâté,
Ou comme un Don Quichotte en sa morne folie.
Là, sans me soucier des guerres d'Italie,
Du comte Palatin, ni de sa royauté,
Je consacre un bel hymne à cette oisiveté
Où mon âme en langueur est comme ensevelie.
Je trouve ce plaisir si doux et si charmant,
Que je crois que les biens me viendront en dormant,
Puisque je vois déjà s'en enfler ma bedaine,
Et hais tant le travail, que, les yeux entrouverts,
Une main hors des draps, cher Baudoin, à peine
Ai-je pu me résoudre à t'écrire ces vers.