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Retour Express 2

retour express 2

Jean-Claude Lechevère nous avait accompagné dans le quartier avec ses cabots

Il revient vers nous pour nous faire regarder autrement notre quartier avec un premier texte : "retour express" que nous publions en trois fois..

Relire la première partie (...)

Il venait d’expédier dans les oubliettes de sa mémoire le zigoto qui avait failli le renverser lorsqu’il bifurqua sur la gauche pour emprunter la rue de Robien. Les lumières du Bon Coin éclairaient le carrefour. Quel Bon Coin ? Il n’y avait plus de Bon Coin depuis une éternité. Lorsqu’il était parti c’était déjà le Matt-Xandra. Et maintenant Caramel et Compagnie. Il faudra qu’il s’y habitue. Il avait fait trois pas dans la rue quand il sentit une main lui frapper l’épaule, pas de manière agressive, non, juste pour qu’il s’arrête. Il serra les poings et fit demi-tour, résolu à faire face à ce nouvel importun. Décidément il avait à peine débarqué et ce retour se révélait plus compliqué que prévu.

Face à lui, tout de jean vêtu – mais l’ensemble, crasseux, avait souffert, - la tête surmontée de la casquette inclassable aperçue quelques instants auparavant, le type qui l’avait bousculé le fixait en souriant.
« Alors, Ducon, tu ne me remets pas ? »
Bien sûr que cette fois il le reconnaissait. Et s’il avait eu une hésitation le « Ducon » l’aurait fait disparaître instantanément.
« Labrousse ! Qu’est-ce que tu fais là ?... Mais tu n’as pas bougé ! Je me casse un bon bout de temps et le premier mec qui se fout dans mes pattes à mon retour c’est Labrousse ! Elle est bonne celle-là ! »
Labrousse, lui, semblait content de le revoir.
« T’as une adresse où te poser ? T’as bien une minute. Alors viens chez moi, je crèche en face. Tu te rappelles, l’hôtel Saint-Georges. Il n’y a plus d’hôtel. Rien que des chambres, des studios qu’occupent des gars comme moi. Ou des filles. Des familles aussi… Je suis sûr que personne ne t’attend. Allez, on doit avoir deux ou trois choses à se raconter. Depuis le temps ! »
Le Bras se laissa faire. Il suivit le grand dégingandé en tâtant sa poche. La clef s’y trouvait bien ; mais l’autre avait raison : personne ne l’attendait. C’était même pour ça qu’il était parti dix ans auparavant. Il se demanda fugitivement ce qu’avait pu devenir la petite maison du 34 rue Louis Blanc. Il verrait plus tard. Demain, certainement.
« Ne regarde pas trop dans les coins, je n’ai pas eu le temps de faire le ménage. »

La précision était inutile. Et ce n’était pas vraiment une information pour celui qui mettait les pieds dans la turne. L’ampoule qui pendouillait au plafond ne laissait aucun doute sur la situation de Labrousse. La dèche. Dans un coin des journaux s’entassaient, depuis des mois, peut-être des années. Le papier jauni trahissait une ancienneté certaine. Le long du mur du fond des draps froissés et crasseux étaient vaguement entassés sur un matelas posé à même le sol. Au milieu de la pièce une table de camping et deux chaises pliantes étaient censées inviter à prendre place. Le Bras fut soulagé d’apercevoir, branchée à une prise sortant du mur, une vieille platine près de laquelle était empilée une collection de vinyles.

A suivre



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